web3 woman feminist athens de alexandros michailidis i shutterstock.jpgw1200

Alexandros Michailidis I Shutterstock

En glissant de l’exaltation de la différence à l’exaltation du désir indifférencié, le féminisme a rompu avec la personne comme fondement des droits de l’homme… et de la femme.

Le récent Dictionnaire du féminisme paru aux Presses universitaires de France (1) fait le point sur ce que l’on entend par féminisme, et sur son histoire. Le constat partagé par les travaux contemporains est que ce courant produit inéluctablement un féminisme sans femme, c’est-à-dire la fin de la femme. Ce phénomène mérite d’être décrit afin d’en proposer une explication méthodologique : les présupposés philosophiques d’un certain féminisme ne mènent-ils pas inexorablement à cette disparition de l’objet même de son étude, la femme ?

Difficulté de définir le féminisme

Le féminisme désigne à la fois le sujet d’étude qu’est la femme et la place qu’elle a, ou qu’elle devrait avoir, dans la société politique. Le militantisme est intrinsèquement lié au discours même du féminisme : les études féministes mêlent l’objet scientifique, ce que l’on étudie, et l’action politique de promotion et de défense de cet objet. On reconnaît ici l’influence marxiste : la théorie ne peut se séparer de la pratique, la seconde nourrit la première.

L’histoire du féminisme est donc tributaire d’une philosophie de l’histoire de type marxiste, d’une certaine manière de relire l’histoire à partir de philosophies contemporaines. Ainsi le féminisme n’existait pas réellement avant que le concept et le mot n’apparaissent, parce que les principes méthodologiques le pensant relèvent de courants philosophiques récents. On projette donc sur le passé une problématique contemporaine. L’histoire du féminisme est ainsi paradoxale en elle-même : de quoi parle-t-on réellement, de la femme, ou de l’évolution des discours et des pratiques concernant la femme ?

Les trois vagues du féminisme et leurs paradoxes

On distingue habituellement trois « vagues » dans l’histoire du féminisme. Dans chacune de ces vagues on peut décrire un contexte particulier, une orientation idéologique, et une action collective.

La première vague est datée de la fin du XIXe siècle jusque dans les années 1940. On peut même la faire remonter à la Révolution française, dans la mesure où certaines femmes revendiquaient déjà une émancipation, par exemple Olympe de Gouges, auteur d’une Déclaration des droits de la femme en 1791. La première vague portait essentiellement sur une critique des Droits de l’homme de 1789 comme droits de l’homme exclusivement masculin. Par la suite, cette logique a conduit à des revendications politiques (droit de vote), économiques (droit d’ouvrir un compte bancaire), civiles (autorité parentale), etc. : la femme doit être aussi libre juridiquement que l’homme et être son égale.

Cette première vague reste d’actualité pour beaucoup de penseurs ou de courants politiques et religieux. D’une certaine manière, l’Église catholique reste attachée à ses interrogations, sans entrer dans toutes les revendications des vagues suivantes.

Suite de l'article sur Aleteia