Le mouvement des Gilets jaunes est l’expression des invisibles qui veulent donner à voir leur insécurité dans la vie réelle aux sermonneurs et aux technocrates déconnectés de l’économie concrète.

Pourquoi porte-t-on un gilet jaune ? Pour se rendre visible à ceux qui circulent dans la nuit et pourraient ne pas nous voir, pour leur réclamer donc la vigilance qu’exigent notre sécurité et peut-être notre survie. Ainsi le cycliste prudent le revêt comme l’automobiliste en panne et même, je l’ai vu il y a peu en centre-ville, des ribambelles d’écoliers en sortie collective. Le gilet jaune n’est pas un gilet pare-balle. Il n’est protecteur que dans l’exacte mesure où il attire sur soi l’attention bienveillante, en signalant cette évidence matérielle : attention, j’existe !

La vie banalement matérielle

Je ne sais pas si le choix de ce symbole a été mûrement réfléchi par les promoteurs du mouvement social qui porte désormais ce nom. À vrai dire, j’en doute, parce que ce mouvement n’est ni réfléchi, ni promu par quiconque et c’est ce qui en fait sa puissance étonnante et son intérêt. Il est spontané, il se développe sans plan précis. Il pourra s’arrêter puis reprendre, sous une autre forme, obstiné et insaisissable. Il veut dire quelque chose, mais quoi ? Pas la revendication victimaire d’une minorité, pas de mise en scène ludique de la différence façon gay pride, aucune utopie révolutionnaire pour la société façon Mai 68, rien d’autre que la manifestation monochrome des gens ordinaires et de leurs difficultés d’exister. La réalité de la vie banalement matérielle qui cherche à s’exprimer, voilà qui a de quoi déranger les experts en abstraction et en bonheur public.


 L’augmentation annoncée de la taxe sur le diesel a agi comme un détonateur. Rien de plus classique que la grogne face à une taxe, pensent les politiques… Laissons donc le murmure s’éteindre. Mais cette taxe est un symbole. Une enquête de l’Argus montre qu’en 2017, plus de 98% des véhicules utilitaires roulaient au diesel. De la part des constructeurs, l’offre de véhicules utilitaires à essence n’a représenté que 2,7% des immatriculations. Pas d’offre, pas de choix : la quasi-totalité des milliers d’artisans, de commerçants ou de livreurs sont obligés d’utiliser ce carburant. Telle est la réalité matérielle. La transformation du parc automobile prendra, pour le moins, une décennie. C’est une autre réalité matérielle. Comment le dire aux gouvernants qui hier encore encourageaient par une fiscalité avantageuse ce même diesel désormais vilipendé ?

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