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Antoine Mekary | ALETEIA : Le Bon-Pasteur

Dans l’Empire romain, les chrétiens apparaissent comme des êtres éminemment singuliers, que les autres citoyens peinent à comprendre. Un écrit du IIe siècle rend compte de la vie à contre-courant qu’ils mènent.

Dans la Rome antique, la culture dominante est diamétralement opposée aux enseignements du christianisme. Alors que les coutumes des Romains consistent à offrir des sacrifices aux dieux, à participer à des orgies ou encore à assister à des jeux sanglants, les chrétiens mènent une vie modeste et sans excès, pratiquant la charité et adorant un Dieu unique et trinitaire.

La lettre à Diognète, un écrit anonyme du IIe siècle retraçant la manière dont les premiers chrétiens vivaient leur foi, rend compte de ce décalage. L’auteur commence son texte en décrivant la façon dont les chrétiens étaient intégrés à la société :

Les chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes […] Répandus, selon qu’il a plu à la Providence, dans des villes grecques ou barbares, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu’ils trouvent établis […]

 

Les premiers chrétiens sont donc parfaitement intégrés à la société et à la nation dans lesquelles ils vivent, n’ont pas de style vestimentaire ou de langue propre. Ce n’est donc pas par leur apparence qu’ils se démarquent, mais pas leur façon de vivre, explique l’auteur. Les chrétiens vivent dans le monde, mais ne sont pas « du monde ».

Comme les autres, ils se marient, comme les autres, ils ont des enfants, seulement ils ne les abandonnent pas. Ils ont tous une même table, mais pas le même lit. Ils vivent dans la chair et non selon la chair. Ils habitent la terre et leurs conversations sont dans le ciel. Soumis aux lois établies, ils sont par leurs vies, supérieurs à ces lois.

Pour les Romains, abandonner les enfants dont ils ne veulent pas est une pratique courante. Les chrétiens non seulement ne le font pas, mais bien souvent ils recueillent ces enfants condamnés à une mort certaine. Les Romains les accusent alors de commettre des sacrifices d’enfants, ne comprenant pas pour quelle autre raison ils peuvent les recueillir.

Alors que le divorce et l’adultère sont monnaie courante chez les Romains, les chrétiens refusent ces pratiques. Là encore, ils se démarquent de la majorité. Mais ce qui surprend le plus les Romains, c’est l’amour dont les chrétiens font preuve envers leurs ennemis :

Ils aiment tous les hommes et tous les hommes les persécutent. Sans les connaître, on les condamne. Mis à mort, ils naissent à la vie. Pauvres, ils font des riches. Manquant de tout, ils surabondent. L’opprobre dont on les couvre devient pour eux une source de gloire ; la calomnie qui les déchire dévoile leur innocence. La bouche qui les outrage se voit forcée de les bénir, les injures appellent ensuite les éloges. Irréprochables, ils sont punis comme criminels et au milieu des tourments ils sont dans la joie comme des hommes qui vont à la vie.

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